L'acupuncture

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L'acupuncture reste sans doute le meilleur moyen pour permettre de sentir l'importance de la place de l'homme entre la terre et le ciel, et de ressentir avec autant de pertinence l'évidence de la notion de rythmes, de cycles, imprégnant l'homme de cette même alternance que sont les saisons de la nature, le flux et le reflux des océans, ou encore celle du jour faisant suite à la nuit depuis le commencement des temps.
Parce que l'homme est dans son corps et son principe vital entier, assujetti aux influences cosmiques et telluriques, il est tout naturel que lui soit appliquée la grande loi binaire universelle de l'alternance et de la complémentarité Yin-Yang symbolisée dans le Tao.
L'homme fait partie de la trilogie traditionnelle Ciel-Terre-Homme. Le Ciel est le non manifesté. C'est un plan au-dessus de l'homme, impalpable, essentiel, qualitatif. Le concept du Ciel induit tous les phénomènes de croissance et de décroissance (jour et nuit), de dualité des aspects (ombre et lumière), et de rythmes ( saisons).
La Terre est le manifesté, elle est matérielle, palpable, quantitative. On la mesure, on la limite et on y implante les fondations de sa demeure. Le sol est symbole de l'espace, comme le ciel est symbole du temps.
L'Homme est ainsi lié au Temps et à l'Espace. L'action du Ciel sur l'homme est centripète, descendante, aboutissant à une contraction, une condensation, selon trois procédés de pénétration : respiratoire, digestive et cutanée.
L'action de la Terre est centrifuge, amenant des forces de l'intérieur vers l'extérieur. Ce mouvement correspond à une dilatation, une expansion.
Ainsi prend forme la puissante symbolique du Yin-Yang, transformant une dualité apparente en un couple indissociable, réuni par les rythmes, les échanges et la complémentarité, définition parfaite de la relation vivante.
La loi des cinq éléments.
La théorie dite des cinq éléments date du deuxième millénaire avant notre ère. On en trouve trace dans un petit ouvrage de philosophie chinoise : le Hong Fang, (La grande Norme). Ces cinq éléments sont l'eau, le feu, le bois, le métal et la terre, chacun ayant une correspondance dans le temps et dans l'espace.
L'origine de la théorie des cinq éléments ou cinq dynamismes, se trouve dans la succession des saisons, autrement dit dans la variation perceptible des souffles cosmiques s'exprimant sur terre. Ces variations ont été objectivées par la durée des jours et des nuits, les grands repères étant les solstices et les équinoxes.
Selon la tradition, chacune des quatre saisons trouve sa correspondance dans un dynamisme caractéristique des souffles. Ainsi :
- le printemps est la période de la naissance et de la croissance de la manifestation de l'énergie.
- L'été représente la culmination de l'énergie.
- l'automne est une période d'équilibre puis de décroissance.
- l'hiver représente le niveau le plus bas de la manifestation de l'énergie.
- le centre a un dynamisme propre : c'est d'être un pivot, un référentiel à toute mutation.
Sur le plan saisonnier, cette cinquième saison intervient à chaque instant, mais plus particulièrement à chaque changement de saison. Donc, il y a cinq mouvements primordiaux des souffles :
- naissance et croissance
- activité maximale
- centre, point d'appui permettant le changement
- déclin de l'activité des souffles
- activité manifestée minimale,
avec la correspondance respective :
- bois
- feu
- terre
- métal
- eau.

Le principe des cinq éléments, de classement et d'équivalence, répond au besoin d'harmoniser la vie humaine et l'ordre cosmique. Le Yin-Yang, en revanche, a pour fonction d'animer les aspects antithétiques de l'ordre cosmique. Et parce que les équivalences et les correspondances sont universelles entre le monde extérieur et l'homme, parce que l'homme est indissociable de l'univers, la médecine traditionnelle chinoise se donne pour moyen de rétablir les rythmes exprimés par le corps, au travers d'une énergie circulant le long de méridiens, jalonnés de points d'analyse, d'échange et d'action.
Les méridiens d'acupuncture.
La notion de méridien spécifique de tel ou tel organe doit être abandonnée : chaque niveau d'énergie produit son correspondant linéaire. Cette ligne va toujours d'une extrémité du corps à l'autre, et comprend donc une partie Yang (supérieure) et une Yin (inférieure). Le méridien doit être considéré comme un reflet ou un témoin, une voie de sortie, ou encore la correspondance linéaire du système auquel il est associé. Le nom viscéral qui lui est donné ne constitue qu'une référence systémique. Ce même viscère constitue également le lieu d'action préférentiel sur lequel on peut agir.
La physiologie chinoise groupe deux par deux les viscères, associant un viscère " atelier " ou " entrailles " de qualité Yang, à un viscère à fonction " trésor " ou " organe ", de qualité Yin. Les couples ainsi formés sont :
Cœur(C) - Intestin grêle(IG), Poumon(P) - Gros Intestin(GI), Foie(F) - Vésicule biliaire(VB), Rate(R) - Estomac(E), Rein(Rn) - Vessie(V), Maître du Cœur(MC) - Triple Réchauffeur(TR).
Il existe différents systèmes de méridiens : un système profond, un curieux, un tendino-musculaire, un distinct et un appelé Lo transversaux. L'énergie qui y circule y décrit des circuits liés aux horaires, aux biorythmes.
La circulation profonde ou Iong suit immuablement le même trajet : P, GI, E, R, C, IG, V, Rn, MC, TR, VB, F, P, ….On y constate une alternance régulière de deux Yin et deux Yang.
La circulation Wei ou Oé ou défensive, est superficielle et rapide, et peut circuler hors des méridiens. Elle constitue la première ligne de défense de l'organisme, surtout contenue dans les méridiens tendino-musculeux.
Les données traditionnelles indiquent que le méridien principal est profond, qu'il est surplombé par un méridien particulier, d'extrême surface, appelé tendino-musculaire, et qu'entre ces deux étages se trouvent les méridiens curieux. On y retrouve ainsi la systématique traditionnelle Terre-Homme-Ciel, ainsi que toutes les caractéristiques du principe Yin-Yang.
La compréhension de l'organisation linéaire du réseau des méridiens conduit à une logique analytique qui permet de se passer le plus possible des recettes. Il faut donc se rappeler que l'essence même de l'acupuncture est d'être extrêmement logique. Et si la pensée chinoise exprime les grands principes de la vie par des symboles, des idées et des représentations simples d'apparence, il n'en demeure pas moins que derrière l'apparente simplicité, se bousculent, dans tous les domaines, les innombrables déductions, conclusions et règles qui y trouvent leur justification.
L'étude des trajets des méridiens et la connaissance de la localisation des différents points d'acupuncture n'ont pas de raison d'être abordés ici. La seule connaissance qu'il nous faut mémoriser, est que chaque méridien passe par une dent. Plus précisément encore, chaque dent occupe le centre d'une loge que l'on peut dire énergétique, à laquelle lui est annexé son milieu environnant : ligament, os et tissu gingival. De plus, il existe à la surface de la muqueuse interne de la joue, un point d'acupuncture, associé à une dent et une seule.
La cartographie des méridiens en bouche est décrite depuis l'antiquité, bien qu'elle fut affinée et précisée dans son rôle et son fonctionnement au cours de ce siècle. Des méthodes d'investigation telle que la spectrophotographie dite de Kirlian (voir texte thèse p.108), ont permis d'en assurer une certaine cohérence, du moins au niveau de la compréhension que l'on en a. D'autre part, cette technique d'imagerie adaptée à la particularité électrique de l'acupuncture, a permis de mettre en évidence l'importance autant que la rapidité de circulation d'une information d'origine dentaire dans l'ensemble du système.
Mais surtout, l'essentiel qu'il nous faut retirer de cette mise en évidence de la liaison immédiate entre la loge dentaire et le système global d'équilibre, objectivé dans cette étude par l'acupuncture, est que ce lien est éminemment d'ordre électrique.

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