Du sens de la maladie, du sens de la carie.



A la lumière de ce qui a été dit, tant sous le chapitre de l'homéopathie, de l'acupuncture, de la croissance que de l'émotion, il est nécessaire de développer cet aspect qui, s'il est surprenant, n'en est pas moins un épilogue justifié et sensé.
L'éclairage que nous offrent des médecines telles que l'homéopathie et l'acupuncture, sur l'équilibre du système de santé, autant que sur la complexité des facteurs intervenant dans son maintien, rend évident la conclusion suivante : la maladie se doit d'être observée et contemplée non sous un aspect accidentel, anarchique ou pénalisant, mais sous l'aspect plus positif d'un élément de relation entre une aide thérapeutique et un besoin manifesté par notre corps mais qui n'est en soi que la lumière accessible à l'extérieur de troubles profonds. Qu'il soit bien clair dès à présent, qu'un être en bonne santé ne doit pas être considéré comme un être endormi, sidéré dans un processus d'évolution qui nous concerne tous. A l'opposé, un individu malade ne doit en aucun cas être jugé dans l'erreur, sous l'acceptation de l'évidence de ce même chemin. Nous recevons tous les appels de notre être au travers de ce qui est profitable pour nous, non pas en tant que montagne égoïste, mais en tant qu'être incarné dans un plan de croissance que l'on a trop tendance à taire ou même à nier. Peu importe ici les raisons et les motivations de ces attitudes, ni les fondements de l'attitude inverse. Chacun peut, au secret de sa chambre intérieure, face au miroir de son âme, reconnaître sa vérité et sa propre souffrance. Encore faut-il avoir l'espoir d'un changement possible, d'une nécessité au-delà de la perception de cette souffrance, la certitude d'une évolution nécessaire vers nos propres richesses, nos propres ressources, notre propre humanité jusque là refusée, niée, ou imperceptible.
L'homéopathie tente de nous enseigner l'inscription d'une pathologie locale dans un schéma évolutif plus vaste qui cependant, a trop tendance à être ramené au niveau purement physique, et donc physiologique, voir physiopathologique. Notre corps est le fruit de la nature, d'une nature qui a plus de soixante-dix millions d'années d'expérience. Rien, et le passé nous en témoigne, rien d'inutile ou de superflu ne subsiste dans ce merveilleux système autonome et équilibré. Rien de ce qui se manifeste ne le fait sans qu'existe parallèlement son contraire ou son complémentaire. Ainsi ai-je cette certitude qu'il en va de même de la maladie. L'homéopathie véhicule en elle cette évidence, puisque la base de sa théorie est que la nature dispose de remèdes propres et aptes à nous rendre la santé.
Je ne mis pas beaucoup de temps pour comprendre que le plus dur à accepter dans l'aide de la médecine homéopathique, était à la fois le mystère de sa puissance curative, et à la fois le refus enraciné dans notre culture et par notre culture scientifique, que ce qui ne peut s'expliquer, n'a de raison de fonctionner, ni même une chance d'être efficient. L'homéopathie, pourtant, ramène nombre de patients à la santé. Les remèdes, les grands remèdes, chefs de fil des diathèses hahnemanniennes, regroupent dans leurs pathogénésies, des signes affectant l'ensemble des niveaux de l'organisation humaine. Il n'est pas rare de voir un individu se rendre compte d'un changement de comportement, qu'il admet lui-même et spontanément comme un soulagement, alors que le remède a été prescrit sur des signes physiques locaux, loco-régionnaux ou généraux. Est ce là un effet placebo ? Est-ce là une induction mentale ? Non, rien de tout ceci. Juste les effets de l'information d'un remède offert par la nature à l'un de ses habitants, à l'une de ses créatures.
Nous savons très bien reconnaître nos défauts, du moins les plus évidents, nos petites manies que nous savons être des freins à notre mieux être, à notre meilleur santé. Pourtant, qu'il est difficile de faire l'effort d'y renoncer sans y être obligé. Pourtant, qu'il est difficile de savoir faire appel à notre pouvoir de décision quand il s'agit de nous et notre devenir, de notre croissance et de notre destiné. Et alors que la maladie est souvent accueillie comme un mauvais coup du sort, elle est cependant l'aboutissement inévitable de notre comportement, de ces tendances obscures, tapies dans notre inconscient, qui à notre insu bien que non innocemment, nous mènent aveuglément dans un sens insensé. Elle se devrait alors d'être remerciée, et non combattue. Elle se devrait d'être entendue et non étouffée à l'assourdissement. Elle se devrait d'être réellement accueillie et non rejetée, maudite. Car au travers d'elle, c'est cette partie de nous qui a trouvé là la seule façon de se rappeler à notre mémoire que l'on rejette une fois de plus, que l'on repousse une fois encore.
L'homéopathie nous apporte un autre enseignement : certaines manifestations appelées à tort pathologiques, n'ont d'autre but que de nettoyer notre organisme. Les diarrhées, vomissements, rhumes, éruptions cutanées sont autant de moyens naturels mis au point par la nature pour nous libérer de quelque chose. Ce qui les rend dangereuses, n'est pas dans leur essence, mais dans le comportement de certains d'entre nous qui n'y prêtent attention, qui n'ont plus la capacité de discernement, ni la capacité de s'écouter et de s'entendre. Ce qui rend une diarrhée infantile dangereuse, ce n'est pas le mécanisme lui-même, mais l'inattention témoignée à ce petit être.
De cette constatation, découle le principe du rythme intrinsèque à la maladie, lequel nous pousse à rechercher une aide d'accompagnement et non plus de combat. Les rythmes de la maladie sont les mêmes que ceux que manifeste toute manifestation naturelle : germination, éclosion, croissance, maturation et dégénérescence, puis extinction. L'intervention sur une maladie, dans une intention d'accompagnement et de soutien du dynamisme vital, va impliquer la recherche du stade évolutif de la pathologie au moment de sa découverte, ou au moment de la consultation. Il reste évident, que selon les capacités individuelles des patients, selon leurs capacités propres à faire face à une pathologie même d'élimination, notre conduite sera différente, et notre attention plus soutenue, notamment dans notre suivi. Considérer une maladie sous son aspect participatif à l'écologie organique ne doit en rien nous conduire à nous désengager de notre rôle de thérapeute. Bien au contraire, notre mission n'est que plus délicate et plus responsabilisante.
Il devient alors évident que certains patients, affaiblis ou épuisés dans leur potentiel réactif intrinsèques, vont nécessiter une aide plus soutenue. Mais on se rend bien vite compte, notamment chez les sujets suivis de longue date par la médecine homéopathique, qu'il est très rare de rencontrer cette indisposition à réagir favorablement face à de telles manifestations organiques.
Où se place alors la dentisterie et la carie dans ce schéma ? La carie n'est pas une maladie d'élimination, mais un processus destructif. Une maladie de la gencive est quant à elle parfois, lorsqu'elle n'entraîne pas la destruction du tissu osseux de soutien, une maladie dite d'élimination. La gencive est en effet le premier tissu de l'appareil digestif et participe, de ce fait, à des processus de nettoyage des toxines internes.
L'aspect destructif de la carie, alors même qu'elle intéresse l'organe le plus dur de l'organisme humain, témoigne à la fois de l'énergie déployée, de la force développée par quelque chose en nous qui nous appartient, et explique le fait qu'au-delà de vingt-cinq ans, il est rare de voir apparaître des caries sur des dents saines, dont les voisines elles-mêmes ne sont pas porteuses de réparations ou de reconstructions. Cela témoigne, dans la direction de ce que j'explique, que l'organisme déjà affaibli, va extérioriser nos souffrance au travers d'organes plus mous, ou au travers d'un déséquilibre fonctionnel apparemment plus aisément accessible, tout en laissant la possibilité d'un retour à la normale.
Qu'en est-il alors du sucre et des bactéries ? En toute certitude, ils ne sont tout deux qu'agent favorisant et agent exécutant. Les rendre responsables de notre misère et de notre douleur, ne s'inscrit que dans ce terrible schéma de l'irresponsabilité individuelle et dans celui de la recherche d'un responsable extérieur à notre souffrance. Une fois encore, rien d'inutile ou de futile n'a survécu à l'évolution de la nature. Les microbes eux-mêmes, quand bien même on les a rendus responsables de morts et de maux horribles, quand bien même s'ils n'avaient pas existé ces maux n'auraient peut-être pas existé non plus, ces microbes ne sauraient être mis à part dans une case portant la mention " aberrations de la nature ".
Abordés sous le projecteur de l'équilibre des forces, nous ne pourrons très longtemps éviter de nous rendre compte, honnêtement, que les forces de destruction qu'ils incarnent ressemblent beaucoup à tout ce que l'homme a développé à l'aide de sa toute puissante technologie et science. Ainsi, tout au long de notre vie, nous avons ce choix humain, témoin de l'ampleur de notre liberté, mais aussi de notre responsabilité, de consacrer notre existence aux forces de bénédictions et non plus de destructions. Saurions-nous un jour reconnaître avec humilité et regret qu'ils ne sont que la matérialisation de notre propre absurdité à détruire les équilibres naturels et celui de notre santé en particulier, rendant leur survenue aussi inévitable que nécessaire ?
L'ouverture des portes à leur entrée sur scène dans le théâtre de notre maladie relève de notre action déstabilisante et débilitante sur notre propre système de défense, dont nous avons voulu assurer la toute puissance à grand renfort d'antibiotiques et de vaccins. Nous avons beau assister depuis des années à la mutation de certaines souches jusqu'alors sensibles, en souches résistantes, rien ne semble avoir suffisamment d'impact sur nos facultés intuitives pour remettre en question notre stratégie de santé. Une vie saine ne peut se concevoir dans l'insouciance ou la déraison. Nous avons la responsabilité de notre enveloppe corporelle, nous avons le devoir, par respect, de lui rendre grâce de nous permettre d'être sur terre. Bien entendu, je sais qu'il ne peut y avoir une telle perception de la vie sans une remise en cause des principes philosophiques qui sous-tendent notre société et notre culture. Bien entendu aussi, il n'est absolument pas question de laisser des êtres humains mourir en les sacrifiants à un quelconque principe. La vie demande à être chérie, sauvée, mais avec un sens plus noble et plus humain qu'elle tente, maladie après maladie, douleurs après souffrance de nous rappeler. Car après tout, ce qu'elle est réellement est en nous.

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