Les Dents


Nous venons au monde, sauf exception, sans dents. Cela est certainement dû au fait qu'il est ainsi plus confortable pour nos mères de répondre à nos besoins nutritifs !
La dentition, (qui est un état dynamique, celui de la mise en place des dents sur les maxillaires, par opposition à la denture, qui est un état statique, celui décrivant les dents en place dans la bouche), cette dentition est normalement et curieusement, le premier écho naturel, (naturel au sens de programmé par la nature, c'est-à-dire plus précisément non induit par un acte humain extérieur), à la souffrance initiale de la venue au monde. Comme si toute naissance, toute survenue au sein du monde visible, ne pouvait se faire qu'accompagnée de la tragédie de la souffrance. Combien de fois n'ai-je entendu cette phrase : " les dents, on se demande pourquoi on en a ! Ca fait mal quand elles arrivent, ça fait mal quand elles sont là et ça fait mal quand elles partent ! " Je n'ai jamais osé y répondre : " Et la Vie ? "
On décrit classiquement, (et j'en profite pour introduire ici la notion que dans le domaine de la description des phénomènes anatomiques, on considère que les descriptions s'appliquent à la moitié de la population, ce qui laisse une grande marge à des manifestations annexes, et ce qui a conduit à l'évidence d'une fourchette de normalité et non un point stricte), on décrit donc classiquement une chronologie à la dentition lactéale, qui intéresse un groupe composé de vingt éléments. Vingt dents de lait qui prennent place dans la bouche de l'enfant depuis le sixième mois jusqu'au trente-sixième mois. Sur chaque maxillaire, il y a quatre incisives, deux canines et quatre molaires.
Parallèlement, l'enfant dans sa globalité subit une croissance, qu'elle soit appréciée sous l'aspect de l'évolution ou de l'affirmation, c'est-à-dire sous l'aspect de la transformation ou de l'expression. Un nombre incalculable de corrélations et de symboliques ont été édictées et cataloguées, entre cette évolution globale et l'évolution dentaire. Je pense notamment aux études faites par le Dr Rudolph Steiner, père de la médecine anthroposophique. Mais quelles qu'elles soient, elles sont toutes valables pour un thérapeute, à partir du moment où son mode de pensée et sa façon d'aborder l'être humain correspond avec la position de celui qui en a reçu l'idée et transmis l'enseignement. Elles sont toutes le reflet d'une même vérité, le ressenti d'une même évidence, celle qui nous pousse à nous sentir un et non des morceaux séparés d'un ensemble qui n'est pas nous. Toutes manifestent cette possibilité offerte à l'homme de pouvoir regarder un même spectacle depuis des positions et des hauteurs différentes. Les salles de spectacles elles-mêmes respectent cette liberté et offrent parterre, corbeilles et balcons pour assister à un spectacle qui, s'il reste identique dans son essence, peut révéler des détails différents de la manifestation expressive selon l'emplacement que l'on a occupé dans la salle.
Ainsi en est-il de l'être humain et de ses dents, puisque c'est de cet aspect dont j'ai eu à m'occuper. Ainsi en a-t-il été du regard que j'ai posé sur l'homme et ses troubles dentaires : observer certains détails de l'expression d'une même essence, assumer l'accès particulier qu'offrent les dents à l'expression d'une même souffrance.

A la denture lactéale fait suite la denture permanente, composée de trente deux éléments, dents de sagesse incluses.
Le premier fait intéressant est que la première molaire définitive fait éruption en bouche à l'âge de six ans, mais sans la perte d'une dent de lait. Elle pousse en arrière de la dernière molaire de lait. Un peu comme si l'enfant recevait quelque chose de nouveau dans son état intérieur. Cela se différencie de la maturation de quelque chose de déjà installé, comme par exemple les incisives lactéales qui sont remplacées de sept à huit ans, par les incisives définitives. Il en est de même des canines, remplacées vers l'âge de treize ans, et des molaires de lait, remplacées par les prémolaires définitives entre dix et douze ans. Le groupe des molaires définitives est donc constitué de dents n'ayant pas eu de prédécesseurs.
Nous avons donc sur une demi-arcade adulte, sept dents plus la dent de sagesse que je qualifie de dent accessoire, ne serait-ce qu'en raison de la forte probabilité de non-évolution qui la frappe. Nous avons la possibilité de définir dans une bouche, quatre demi-arcades : une inférieure droite, une inférieure gauche, une supérieure gauche et une supérieure droite, ceci en traçant un axe médian vertical et un axe horizontal. De même que l'axe vertical tracé sur le corps physique, celui de la bouche va déterminer deux moitiés comportant des éléments identiques en nombres et en formes. L'axe horizontal va déterminer quant à lui, deux moitiés identiques en nombre, mais différentes en formes, révélant l'obligation d'une rencontre harmonieuse étudiée sous le vocable d'occlusion.
Ainsi se profile déjà l'ampleur de notre travail que nous avons, nous, dentistes, à réaliser, lorsque nous sommes en charge de soigner, réparer ou reconstruire une dent. Il nous faut travailler l'organe unitaire en tenant compte de son entité organique propre, intégrer notre soin dans son environnement immédiat et faire correspondre cela à la dynamique de l'occlusion. Mais en plus, il nous faut prendre garde à ce que l'organe dentaire obturé, couronné ou remplacé, s'inscrive dans un ensemble qui se nomme corps humain, non pas compris au sens physique qui est restrictif, mais accueilli dans sa dimension d'être au sens le plus large.

La structure de la dent, à savoir émail, dentine et parenchyme, autant que l'étude de sa forme et de sa place, vont nous permettre de mettre un pied dans la dimension relationnelle de la dent, qu'elle soit entendue au sens le plus local, organique ou général. N'ayant jamais cru au hasard au-delà du temps où l'enfant y prend plaisir et malice, je ne peux regarder une dent sans me dire pourquoi cette matière et pourquoi cette forme, sans alors rester émerveillé devant la perfection qui s'en dégage.
La dent est composée d'une couche d'émail, très dure, (d'un degré de cinq sur l'échelle de Vickers qui en compte 10), plus dure que l'acier, entourant une partie plus tendre, la dentine, (jadis appelée ivoire car plus jaune que l'émail et à l'image de l'ivoire, effectivement), elle-même protection d'un parenchyme, comprenant artère, veine et nerf, au sein d'une loge ménagée au milieu de la dent et appelée chambre pulpaire.
Email et dentine sont composés d'une partie minérale, cristalline, et d'une partie organique, seule les proportions variant d'une couche à l'autre. Si la dentine est composée en majorité d'une structure organique, donc tendre, l'émail, la couche externe, est composée à plus de 90% par la portion minérale, lui conférant cette dureté qu'on lui connaît. Les cristaux d'émail, un composé appelé hydroxy-apatite, sont entourés de la partie organique, permettant, ainsi qu'il le fut démontré par une équipe japonaise, qu'un flux se manifeste depuis la partie centrale de la dent, la chambre pulpaire, vers l'extérieur. Contrairement à ce que l'on a longtemps supposé, l'émail n'est donc pas une couche étanche, mais perméable, et n'est donc pas non plus une structure amorphe mais vivante.
L'hypothèse de travail que je soutiens est de conférer à la structure cristalline, conformément aux propriétés révélées par les cristaux de quartz, une capacité informative de nature électrique. Les mesures de la surface d'émail d'une dent saine, montrent effectivement la présence d'une tension, variable d'un individu à un autre, mais stable d'une dent à l'autre dans une même bouche. Seules les dents porteuses d'une obturation, qu'elle soit métallique ou composite, présente une activité électrique totalement différente et toujours supérieure. La différence entre les deux types de matériaux d'obturation se manifestant électriquement dans le fait que le métal va se comporter comme une pile, donc une centrale de production permanente, alors que le matériau composite va avoir un comportement du type d'un condensateur, alternant phase de charge et de décharge. Nous verrons plus loin les implications de ces phénomènes, mais nous pouvons d'ores et déjà imaginer le rôle de cette activité dans le maintien en équilibre autant que dans la participation informative du système englobé par l'acupuncture
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Nous reviendrons également dans un autre article, après avoir exposé les notions relationnelles propres à l'être humain et les implications qui en découlent quant à son organisation, sur un troisième niveau informatif de la dent, mettant en lumière la différence nutritive essentielle entre un aliment " mort " et un aliment " vivant ". Même si je dois, par honnêteté intellectuelle assortir cet énoncé de la mention " hypothèse de travail ", cela n'enlève rien à ma certitude quant à l'évidence de cette triple fonction de l'étage relationnel qu'est la dent. Seule la technique doit maintenant être mise en œuvre pour trouver l'expression mesurable de cette manifestation. Et je laisse cela aux gens compétents.
Néanmoins, l'ensemble des travaux réalisés dans le passé, (et quel que soit son âge, seuls changeant les mots employés pour décrire une même réalité elle-même totalement identique par ailleurs), nous poussent à chercher une connexion possible à cette troisième dimension. Nous avons abordé le rôle de la matière au travers de sa fonction puis de sa structure, il manque l'étude de sa forme. De cette étude découle directement l'obligation d'un troisième niveau relationnel tel qu'annoncé ci-dessus.
La dent est formée, sur sa face occlusale pour ce qui est des molaires et prémolaires, dans leur ensemble pour ce qui est des dents du groupe incisivo-canin, de cuspides, de sillon et de fossettes. Reprenons ce passage extrait de " Maison entre Terre et Ciel " de J.C. Fabre aux éd. Arista : " Le prâna, nourriture subtile des yogis, est le produit équilibré et dynamique du rayonnement spirituel " Ha " de polarité Yang et du rayonnement matériel " Tha " de polarité Yin. Les émissions cosmiques positives et les émissions terrestres négatives s'attirent et se compensent pour créer à la surface du globe un champ neutre. Tout système vivant, du minéral à l'humain, est soumis à la double action de forces antagonistes ; il recherche l'état de phase idéal où les contraires se rencontrent pour fonder l'équilibre vital. " (Il est aisé de faire coïncider la dynamique maxillaire, au travers de la rencontre des dents, avec cet énoncé. Arcade dentaire inférieure et supérieure s'adaptent mot à mot à cette définition, et la symbolique devient manifestation évidente de notre appartenance au vivant).
" Il est fondamental que notre enveloppe architecturale, tant dans ses matériaux que dans ses formes, dans ses proportions que dans ses orientations, soit en accord avec cette loi de complémentarité dynamique. "
Nous touchons là à cette troisième dimension de la fonction mais aussi de la nature dentaire, qui, après la place et la nature de la dent, vient dévoiler une nouvelle fonction liée à la forme. Si la place physique, nous le verrons, entre en ligne de compte dans la verticalité de l'individu et le maintien de son équilibre structural, si la nature de la dent vient prendre place dans le maintien de l'équilibre vibratoire, par sa connexion (entre autre) au système de l'acupuncture, il reste à percevoir le rôle de la dent, qui, par sa forme, va participer à l'information " lumineuse " de l'organisme. (cf. articles de " la dent relationnelle ")
Les cuspides sont comparables à des ogives gothiques, dont le rôle de forme, selon les écrits de Rudolph Steiner, est de diriger les champs de force de bas en haut. Les fossettes, quant à elles, ont une forme inversée, telle une corolle de fleur, participant à la concentration des lignes de force dans une dynamique du haut vers le bas. Il est étonnant de s'apercevoir, qu'outre la nécessité mécanique liée à l'imbrication des pointes dans les creux, cette position permet justement la continuité des lignes de force et l'échange de cette dynamique entre l'arcade inférieure et l'arcade supérieure. Je me suis longtemps demandé pourquoi fossettes et pointes cuspidiennes étaient les points les plus sensibles de la dent. Chaque fois que je devais fraiser ces endroits, et grâce au fait que je pratique la majorité de mes soins sans anesthésie, je remarquai qu'il existe comme un faisceau bien individualisé qui réagit fortement au passage de la fraise et par la suite, au moindre contact avec un instrument, même statique, à cet endroit.
Ayant longtemps supposé l'existence de passage de méridiens d'acupuncture, j'y renonçai devant la certitude que la nature n'avait aucune raison d'en faire passer dans les dents, puisqu'elles sont couplées à des points situés dans les joues qui transmettent le courant (ou Chi). Mais l'hypothèse de lignes de force s'imposait à mon esprit, jusqu'à ce que les formes et leur rôle viennent y donner un nouveau sens. Nous verrons, là aussi plus loin, que cette hypothèse prend merveilleusement sa place dans la description relationnelle de l'individu et ses implications organiques et subtiles.
La dent se révèle d'ores et déjà comme une source informative à triple niveau, elle même placée dans un système divisé de la même façon par le même nombre. Cette profonde et étrange imbrication dans chaque partie du corps de tous les niveaux qui expriment la vie n'a eu de cesse de m'émerveiller. Je tente par ce travail d'y apporter un éclairage nouveau afin que la santé y trouve une nouvelle lecture.

De ces constatations, découle l'explication du mieux être général manifesté par ceux qui ont vu leurs obturations métalliques, galvaniques, changées par des obturations plus neutres sur le plan électrique, et plus proches de la structure cristalline de la dent. De cette hypothèse découle également une direction possible pour expliquer qu'une alimentation saine ne suffit pas à elle seule à assurer l'individu d'un équilibre de santé satisfaisant, car l'approche de la notion de trois étages relationnels tels que les révèle la dent, mène à une notion plus vaste d'équilibre, non pas dans une approche unitaire de la relation, mais bien pluraliste.
Cette notion va servir de base de réflexion à l'ensemble de l'étude sur la dent et ses maladies, afin de nous permettre d'appréhender l'ensemble de l'être humain sous cette même lorgnette. Tous les faits rapportés et à suivre ne sont pas de simples suppositions, mais des faits réels, observés, et qui m'ont eux-mêmes conduit à cette évidence de l'homme relationnel.

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