Depuis les temps les plus reculés, du moins ceux ayant connu une présence thérapeutique à l'image d'Hippocrate, l'homme de science n'a eu de cesse de cataloguer et répertorier ses semblables. Des tempéraments aux constitutions, des états biochimiques aux notions de terrain, il a semblé nécessaire à chaque époque, d'établir un catalogue des formes possibles de l'expression de la vie au travers des êtres humains. Ces classifications n'ont pas semble-t-il été établies afin d'améliorer la technique thérapeutique, puisque chacun a trouvé des erreurs ou des manques dans celle de l'autre, mais dégagent un parfum de cloisonnement dans lequel on peut trouver la douce illusion rassurante d'avoir compris les mécanismes de perte de l'équilibre de santé.
Une tendance cependant mérite notre attention, non pas pour prévoir l'évolution morbide de l'individu, bien que les constitutions homéopathiques aient un intérêt certain dans une optique de médecine prédictive, mais afin d'orienter notre intervention thérapeutique lorsqu'il nous faut redonner une forme à ce qui n'en a plus. Il s'agit des morphotypes, appliqués autant à l'organe dentaire unitaire qu'à l'arcade dans son ensemble. Le recours à une classification morphologique tel que je l'envisage, n'a pas pour but de savoir que faire, mais dans quel sens œuvrer. Tout comme l'identification d'une constitution homéopathique chez un malade ne permet pas de déterminer le remède mais bel et bien d'orienter son identification, la morphologie ne permet pas de savoir comment réparer une dent, mais bien de nous monter dans quel ensemble il convient de l'inscrire. Même si l'on ne comprend pas pourquoi, le simple fait d'observer que la nature a créé des formes différentes doit suffire à faire naître en nous le respect de ces différences.
Qu'elle soit triangulaire, carrée ou rectangulaire, l'incisive centrale a une forme propre à chacun. Parce que beaucoup se ressemblent, il a été édictée une classification qui est vite devenue morpho-psychologique. A une forme donnée a été attribuée une particularité comportementale, chose plutôt abusive, dérivé suspect de l'astrologie médiatique. On reconnaît cependant et de manière juste trois grandes familles de formes : triangulaire, carrée et rectangulaire. Mais plus importante encore que cette spécificité unitaire est la forme d'arcade, bien que l'identification d'un morphotype au travers d'une dent permette au moins, en sens inverse, de rendre ses dents " d'origine " à un patient se présentant totalement édenté.
Les formes d'arcade se distinguent dans les trois plans de l'espace. Dans le plan horizontal, arcade dentaire vue du dessus, il y a trois familles : arcades carrées, arcades arrondies et arcades triangulaires. Dans le plan vertical, arcades vues de profil, la courbe dite de Monson, reliant chaque pointe de dent d'une même arcade, va nous permettre d'affirmer la famille d'appartenance identifiée par l'observation de face, troisième plan de l'espace. Cette courbe qui se doit d'être respectée, a d'une part une grande importance dans la cinétique mandibulaire, et d'autre part, va accentuer ou atténuer la forme elliptique observable de face. De profil toujours, on portera un regard attentif au palais et à sa profondeur, en rapport avec les trois premiers groupes énoncés ci-dessus. Ce repère anatomique, une fois encore, nous permettra de reconstruire dans une forme adéquate, une arcade édentée, bien que le support osseux nous renseignera peu ou prou sur la famille d'origine. De face enfin, les dents peuvent s'inscrire sur une bande qui s'enroule telle une hélice, d'avant en arrière, et de dedans en dehors. Cette ellipse sera ou non prononcée.
Il a été proposé par le Dr Hababou Jacques, une classification en trois groupes, en fonction de ces trois plans : la dominante stellaire, la dominante planétaire et l'arcade équilibrée.
La dominante stellaire décrit une arcade triangulaire vue de dessus, avec une accentuation de la forme elliptique des molaires, posées sur une forte courbe, de face comme de profil. L'incisive est triangulaire.
La dominante planétaire décrit des arcades carrées vues du dessus, avec une absence presque totale des courbes frontales et sagittales. L'incisive centrale est ici carrée elle aussi.
L'arcade équilibrée étant alors un harmonieux mélange des courbes d'une arcade arrondie vue du dessus. L'incisive centrale est ici rectangulaire.
La compréhension et la mise à profit dans une optique thérapeutique des morphotypes, n'a de sens que lorsqu'elle prend place dans une approche globale et non morcellaire de l'individu, à fortiori de ses dents. Isolée de ce contexte, la morpho-typologie n'a aucun sens thérapeutique. Le sens auquel je fais référence est celui que vous découvrirez petit à petit en parcourant ce site.

Retour