Les données fondamentales de l'homéopathie.


Est-ce du fait de la grande rigidité des principes édictés par son auteur que le nombre d'opposants à la doctrine homéopathique fut rapidement croissant ? Au moins Hahnemann aura-t-il eu le mérite de ne laisser aucune place à l'improvisation ni aux hypothèses sans fondements expérimentaux dans l'élaboration de sa technique homéopathique. Et s'il faut certes souhaiter l'émergence de ce que l'on est au travers de ce que l'on fait, il ne faut pas mésestimer la nécessité de posséder parfaitement les fondement du cadre dans lequel on décide de se placer avant que de vouloir laisser agir au travers de celui-ci, ce que l'on est. Ainsi en est-il de la technique homéopathique dont il faut prendre minutieusement la mesure, comme on le ferait d'un cadre en en mesurant la longueur et la largeur et la valeur de chaque angle sans omettre d'apprécier les différentes vues sous des incidences variées d'observation, afin de pouvoir en toute connaissance s'ouvrir à l'action de ce que Hahnemann nommait notre " dynamisme vital ".
Avant de se dire " homéopathe ", il faut en posséder l'esprit. Ce qui nourrira cela réside dans quelques notions fondamentales dont la première est la loi de similitude.

1.) La loi de similitude.
Hahnemann l'a dit lui-même : " pour guérir une maladie, il faut administrer un remède qui donnerait au malade, s'il était bien portant, la maladie dont il souffre ", ou encore : " similia similibus curentur. " Il rappelle également qu'il y a trois manières de soigner :
- la première consiste à supprimer les causes de la maladie ; mais on les connaît rarement.
- la seconde consiste à supprimer les symptômes d'une maladie par une substance qui les annulent : contraria contraris curentur.
- la troisième est la thérapeutique par les spécifiques, c'est l'homéopathie.
La loi de similitude est une loi biologique. C'est sur l'hypothèse de travail que s'est élaborée une loi expérimentale. Une substance est étudiée sur un organisme sain afin d'en dresser le tableau symptomatique et de là découlent ses vertus thérapeutiques lorsque le malade présente les même symptômes. Il ne s'agit nullement de reconnaître une maladie mais de retrouver un tableau complet des signes, symptômes et modalités d'une manifestation. De la comparaison de ces signes et symptômes, complétés des modalités avec l'ensemble des remèdes de la matière médicale, Hahnemann dit déterminer le remède identique qu'il appelle le simillimum.
" Toute substance qui, administrée à un ou plusieurs sujets sensibles et en équilibre de santé, provoque un ensemble caractéristique de symptômes, est capable, administrée à dose convenable à un sujet malade, présentant le même ensemble caractéristique de symptômes, de provoquer une réaction salutaire pouvant aboutir à la guérison. " ( R. Zissu.)
Cette définition introduit deux nouvelles notions : la dose et le sujet sensible.


2.) La dilution-dynamisation.
Hahnemann avait, toujours par expérience, remarqué que des doses trop élevées provoquaient souvent des aggravations, comme s'il y avait sommation du trouble avec celui apporté par le remède. Il commença donc par diminuer les doses et remarqua que plus il les diminuait, plus elles étaient actives. La dynamisation reste une idée sans réponse exacte. Seule certaines hypothèses permettent de présupposer de son intuition. (L'intuition est d'ailleurs certainement la plus courte hypothèse...)
Il convient ici de parler en quelques mots de la notion de dynamisme vital, idée chère à Hahnemann et dont l'évocation a certainement été à l'origine de tant d'opposition de la part de ses contemporains. Voilà ce qu'il en dit lui-même :
" L'organisme matériel supposé sans force vitale, ne peut ni sentir, ni agir, ni rien faire pour sa propre conservation. C'est à l'être immatériel seul qui l'anime dans l'état de santé et de maladie, qu'il doit le sentiment et l'accomplissement de ses fonctions vitales. "
Dans la troisième édition de l'Organon, le Dr Simon ajoute en préambule :
" Pour Hahnemann, l'organisme sans force vitale est inerte. La vie lui est communiquée par une force sui generis, qu'il nomme la force vitale. Cette force est un être et cet être est immatériel. Voilà toute sa pensée, voilà tout son système. Mieux on les comprend, plus on est maître de sa doctrine et mieux on l'applique. ... Voici donc la pensée fondamentale de Hahnemann, la pierre angulaire du système. Ceux qui voudront comprendre ses écrits, se rendre maîtres de sa doctrine et l'appliquer heureusement, devront réfléchir sur elle. "
Est-ce pour extirper à la matière cette force vitale universelle qu'il a l'idée de secouer ses dilutions comme pour en libérer l'écho et le transmettre au solvant ? Ainsi le laisse supposer la note 203 de la sixième édition de l'Organon : " on entend chaque jour les puissances médicinales homéopathiques être nommées réductions, alors qu'elles en sont le contraire, c'est-à-dire un véritable épanouissement de la matière naturelle et une révélation des forces médicinales spécifiques enfouies dans leur être intime, qu'on provoque en broyant et en secouant la substance en même temps qu'un agent de réduction non médicamenteux apporte son aide et n'intervient qu'en temps qu'accessoire. "
La technique de dilution ayant été décrite précédemment, je n'y reviendrai pas ici. Tout juste sera-t-il signalé ici que le nombre de secousses indiquées dans la troisième édition est de deux et qu'il est noté cent secousses dans la sixième éditions. Sachant que la troisième est déjà une édition posthume, il peut paraître surprenant de voir ainsi changer l'idée première et je n'ai pas de renseignements à fournir à ce sujet. Tout juste pourrait-on dire que ce que deux secousses peuvent produire, cent ne le feront que mieux. Néanmoins, il figure dans la troisième édition un passage de Hahnemann qui estime qu'augmenter le nombre de secousses renforce considérablement la puissance du remède et qu'il juge qu'avec deux secousses, cette puissance est suffisante pour obtenir l'effet thérapeutique.
La méthode de dilution par une goutte dans cent définit l'unité de prescription qui est la centésimale hahnemanienne ou la CH. Il existe une méthode de dilution de une goutte dans dix qui définit quant à elle la décimale hahnemanienne notée DH. Le rapport entre une CH et une DH se définit comme suit : nCH=2nDH. Enfin, une dernière notation, la X, détermine un remède préparé par le mode de la trituration et non de la dilution. Certains remèdes, comme nous le verrons dans les exemples cliniques d'aujourd'hui, pour lesquels l'action purement locale est recherchée, sont prescrits en DH ou en X.
Notons qu'il existe une unité appelée la Korsakovienne qui se différencie par le fait que le même flacon est utilisé pour chaque étape de dilution. Il est simplement vidé de son contenu et les quelques portions de liquide accroché aux parois du flacon servent de matière à diluer. Ainsi, lorsque l'on a terminé de " monter " la dilution, il reste en fin de compte trace de toutes les étapes. Certains auteurs reconnaissent à la dilution korsakovienne une action sur le mode aigu plus prompte et plus complète que celle d'une CH. Notons simplement ceci : un remède prescrit en dilution korsakovienne ne sera pas remboursé au patient. D'un point de vue historique, la korsakovienne offrait l'avantage de ne pas avoir à disposer d'un nombre impressionnant de flacons pour monter un remède en dilution et enfin, que seule l'expérience et la pratique personnelles, dont nous reparlerons plus loin, vous permettront de faire la différence entre les deux types d'action.
Après quelques années de pratique de la médecine homéopathique, Hahnemann se trouve devant une énigme : de nombreux patients qu'il croyait guéris se présentent en phase de récidive. Le remède utilisé lors de la première crise se trouve alors inopérant ou plus du tout indiqué, les signes du malade et les modalités ayant curieusement changé. Hahnemann s'attache à ce nouveau problème et expose, dans son "Traité des maladies chroniques" publié en 1828 en 4 tomes, sa théorie des miasmes.

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