Notions de constitutions et de diathèses.



Avant de vous laisser lire ces pages, je vous rappelle ce que vous ne devez pas oublier: l'homéopathie repose sur une loi fondamentale: la loi de similitude, à laquelle se joint un corollaire: la dilution infinitésimale et la dynamisation. La similitude homéopathique est une similitude sémiologique, établie entre deux tableaux cliniques: celui présenté par la pathologie chez un sujet donné et celui présenté par une substance lors de son expérimentation chez le sujet sain.
Si l'étude de la matière médicale nous apporte la connaissance des tableaux propres à chaque remède, tableaux dits pathogénétiques, il nous faut développer notre sens d'observation et d'écoute du malade qui seul nous permettra de l'individualiser selon son propre mode réactionnel face à l'agent pathogène ou au cours de la pathologie concernée.
En effet, soumis à une agression, le malade va développer deux sortes de symptômes:
- ceux toujours identiques pour une même maladie, signes qui seront appelés "pathognomoniques", et dûs; à l'agent agresseur
- ceux différents selon les malades, en rapport à la fois avec la maladie et avec le sujet dont les prédispositions en modifient l'aspect.
La notion d'individualisation du malade est en grande partie ce qui donne à la médecine homéopathique, son caractère humain. Il ne suffit plus et presque même pas, d'individualiser l'agent pathogène, puisque d'un individu à l'autre, la réaction face à cet agent sera différente, autant que le lieu où agent pathogène et organisme vont se livrer bataille. En effet, selon Salmanoff, nous ne sommes pas indistinctement exposés à toutes les maladies. Dans l'homme malade, il y a un premier médecin: sa constitution propre. A une cause unique, des réponses différentes vont se former. Un même streptocoque peut provoquer un panaris, un érysipèle, une arthrite, une péritonite ou une thrombophlébite. La forme de défense du malade, engage d'abord sa personnalité, sa constitution, le tissu sur lequel les éléments de la vie vont s'inscrire.
Nous arrivons là à une notion préalable à la diathèse: la constitution. La notion de terrain a donné lieu à la biotypologie: étude du type humain vivant. Elle établit les corrélations entre la forme, la physiologie et le psychisme, à la recherche d'une certaine unité de l'homme à partir de son extrême diversité. Qu'elle fut hippocratique, morphologique corporelle (Kretschmer), introduisant des données hormonales et métaboliques (Sigaud et Corman, Pende et Viola, Grauvogl), les homéopathes aiment à se référer aux travaux de Léon Vannier qui a exposé trois types: le sujet carbonique, le phosphorique et le fluorique.
Quoi qu'il en soit, si une reconnaissance de la biotypologie peut permettre une préindividualisation du malade, il n'est jamais possible, dans le sens de conseillé, de faire un pont entre cette identification et une classe de remède, voir un remède que l'on n'aurait aucun droit de nommer, selon cette méthodologie, remède individualisé.

La notion d'une prédisposition à l'évolution du tableau pathologique s'est imposée à Hahnemann dans la recherche motivée par les récidives des pathologies éteintes par ses traitements. Après des périodes plus ou moins longues de rémissions, ses patients se présentaient l'apparition des mêmes symptômes réactionnels, pour lesquels le traitement précédent ne faisait plus effet, ou bien présentaient un tableau aggravé, pour lequel la recherche d'un nouveau remède s'imposait. De ces recherches naquit son "Traité des Maladies Chroniques", (première traduction française 1846), dans lequel il exposait sa théorie des miasmes, avant l'ère pasteurienne, et que ses élèves ont préféré traduire par "diathèses", opposant au sens "contagieux" induit par le mot miasme, celui de "prédisposition" accolé à "diathèse".
La diathèse est un mode réactionnel général de l'organisme à une agression exogène, toxique ou endogène. La diathèse est en quelque sorte une manière spécifique de répondre à un stress ou à un ensemble de stress, une orientation morbide latente qui attend des occasions favorables pour se manifester. C'est une disposition générale d'un individu ou d'un groupe d'individus, à réagir de la même façon aux cours d'épisodes pathologiques aigus ou subaigus successifs: c'est un mode réactionnel spécifique. Comme nous l'avons signalé, il se manifeste parfois, mais pas obligatoirement, chez des sujets prédisposés par leur biotypologie. Comme il existe un "type sensible" pour les principaux remèdes homéopathiques, il est possible de décrire un "type sensible" pour chaque diathèse, cependant inconstant.
Hahnemann distribue autours de ces grands ensembles morbides, l'appellation de psore, sycose et luétisme, complétés ultérieurement par le tuberculinisme de Nebel, plus ou moins accepté selon les écoles. Les diathèses regroupent des causalités ou étiologies diathésiques, se traduisant cliniquement par une symptomatologie retrouvée au cours d'épisodes pathologiques successifs et singulièrement évocatrice d'une certaine façon de réagir.
A titre d'exemple, sont considérés comme diathésiques, les symptômes suivants:
- tendance à la périodicité, aux récidives et aux alternances;
- troubles de la thermorégulation;
- fréquence de l'atteinte cutanée, isolée ou associée à d'autres manifestations.
- aggravation générale par le temps et le climat humide;
- tendance à la rétention hydrique et aux œdèmes;
- tendances aux proliférations tumorales et kystiques;
- fréquence des inflammations subaiguës, évoluant vers l'ulcération, la nécrose puis la sclérose;
- hyperlaxité ligamentaire et ses conséquences.
La diathèse évolue spontanément dans le temps vers une aggravation progressive, puisque une fois révélée cliniquement, son évolution est soumise à l'influence de causalités circonstancielles. Cette évolution sera d'autant plus rapide que la prédisposition héréditaire est plus favorable et que les causalités circonstancielles sont plus nombreuses, plus persistantes et plus intenses.
A chaque diathèse correspond un remède chef de file et un ensemble de remèdes principaux appelés remèdes diathésiques. La prescription d'un remède diathésique va avoir pour effet de provoquer un retour des anciennes pathologies, dans le sens inverse de leur apparition dans le cursus morbide du malade, comme une remonté à rebours de l'évolution morbide. Les signes anciens réapparaissent et disparaissent plus ou moins spontanément. Cela signe le retour vers un équilibre de base du patient, retours vers l'équilibre de santé où l'organisme pourra gérer de manière plus ponctuelle les équilibrations nécessaires.

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