La Matière Médicale.


La première Matière Médicale fut publiée par Hahnemann en 1805. Elle comprenait vingt-sept remèdes, était longue de cinquante pages et était rédigée en latin. Actuellement, la Matière Médicale de Duprat par exemple, contient 380 remèdes environ. C'est dire le chemin parcourue par l'homéopathie depuis sa naissance. Pour être élevée au rang de remède homéopathique, une substance doit avoir fait l'objet de l'étude de ses effets sur un sujet en équilibre de santé. Cette étude se fait dans des conditions bien précises, en utilisant soit une dose pondérale pour des substances non toxiques, soit des doses diluées et dynamisées dans le cas d'une toxicité avérée. Les signes qui apparaissent chez l'expérimentateur sont notés méthodiquement et scrupuleusement, les derniers étant les plus importants. La pathogénésie est alors l'ensemble des symptômes provoqués par l'administration d'une substance active à un sujet en équilibre de santé et sensible à la dite substance. Cependant, la Matière Médicale comporte d'autres données, parmi lesquelles on retrouve :
· Le type sensible (ou typologie du remède) permet d'orienter l'identification du remède. Il est définit pour chaque substance comme l'ensemble des sujets ayant présenté une apparition de symptômes lors de l'étude. Les sujets ont en commun :
- une certaine typologie et morphologie
- des comportements particuliers
- des prédispositions morbides.
Si l'on ne peut jamais prescrire un remède sur ces seuls signes, ils permettent comme je viens de vous le dire d'orienter la recherche et il faudra alors confirmer le remède par la similitude réactionnelle.
· La toxicologie s'obtient par la recherche dans les maladies professionnelles et par l'expérimentation en laboratoire sur les animaux. Par exemple, le phosphore fut étudié sur les rats et a permis de mettre en évidence sa toxicité sur les hépatocytes. De là son intérêt thérapeutique dans les hépatites virales humaines du simple fait de cette similitude anatomo-pathologique. L'exemple également de l'ergot de seigle ( Secale cornutum ) qui provoque des infarctus des capillaires et permet son indication dans les aphtoses buccales rebelles.
· L'expérimentation clinique met en évidence la disparition d'autres signes présentés par le malade mais non répertoriés par la matière médicale. Ces signes recueillis par l'observation peuvent être rajoutés à ceux de la pathogénésie du remède. De même en est-il des circonstances d'apparition ou d'amélioration des symptômes. Par exemple, le vent sec et froid, une grande frayeur et la suppression brutale des sueurs sont trois signes étiologiques d'Aconit.
· L'action générale du remède est une donnée rajoutée par certains auteurs de Matières Médicales qui permettent de mieux comprendre l'action de ces remèdes, en les regroupant par composition chimique qui ont toutes des signes communs. Cela nous permet de nous orienter plus facilement si on les enregistre, car vous l'aurez compris, connaître la Matière Médicale sur le bout des doigts est l'objectif premier de tout thérapeute qui veut faire appel à l'homéopathie. Rassurez-vous, 50à 60 remèdes suffisent pour s'occuper de 90% des cas.
La matière médicale indique en fin d'étude de chaque remède, l'ensemble des autres remèdes qui sont :
- à comparer, c'est-à-dire ceux dont les signes sont proches et qui auraient pu être oubliés dans notre recherche de similitude
- complémentaires, c'est-à-dire ceux qui présentent certains autres signes du malade en même temps que les signes majeurs et qui peuvent avantageusement compléter le traitement pour une action plus profonde, ou alors les remèdes indiqués dans les cas aigus du remède identifié pour les affections chroniques comme ignatia qui est donné comme aigu de Natrum Mur.
- antidotes, dans les cas d'une aggravation provoquée par une prescription ou dans les cas d'apparitions de nouveaux signes suite à une prescription.
Et bien sûr, la matière médicale va nous fournir l'ensemble des signes et symptômes que provoque le remède chez un sujet sain, ceux-là même, lorsque nous avons identifié le simillimum, que présente notre patient. Ces signes et symptômes nous sont fournis dans une typographie particulière nous permettant d'en déterminer une hiérarchisation. Les signes indiqués en gras sont les signes majeurs ou de premier ordre, les signes en italiques sont ceux de second ordre et les signes écrits en bas de casse sont ceux de troisième ordre. La hiérarchisation des signes est l'autre étape importante de l'interrogatoire du patient qui, si elle n'est pas conduite correctement, ou nous perdra sous une avalanche de faits, ou nous égarera dans notre recherche.
- La hiérarchisation des symptômes. Reconnaître et classer par ordre d'importance les signes et symptômes représente la séméiologie, qui est la science de la connaissance des causes. La séméiologie homéopathique vise la recherche des symptômes classiques et des signes personnalisés du malade face à sa maladie. Tout l'art du thérapeute homéopathe va consister à rassembler les signes homéopathiquement significatifs en rejetant les signes inexploitables ou superflus.
Un signe est une manifestation perceptible qui permet d'affirmer l'existence d'une cause à laquelle elle est liée. En homéopathie, tous les signes sont orientés et utilisés dans l'unique but de l'identification du remède. Un simple diagnostique qui viserait à poser un nom sur la maladie ne sert à rien en prescription homéopathique (sans vouloir dire pour autant que poser un diagnostique devienne inutile dans notre pratique sage et mesurée !). Seuls les signes liés à l'expression de cette maladie chez le patient nous permettront d'identifier le remède adapté, justement en rapport à cette réaction individuelle. Ainsi devrons-nous apprendre à identifier les signes valables et les signes non valables en pratique.
- les signes non valables sont ceux :
· Qui entrent dans un cadre nosologique comme l'obésité
· Qui indiquent une maladie
· Qui nomment un symptôme classique non accompagné de caractères déterminés, comme la toux ou la fièvre et rien d'autre
· Quand il est lié à une cause qui peut disparaître, comme une insomnie liée à un milieu bruyant
· Quand il est lié à une cause endogène qui peut disparaître, comme la soif accompagnant une diarrhée.
- les signes valables sont ceux qui sont remarquables par leur qualité, leur quantité ou leur absence, devenant ainsi un non-signe :
· Il est lié à une cause connue, endogène ou exogène et ne disparaît pas avec elle, comme une soif persistante après une diarrhée ou une somnolence postprandiale avec un rythme tout à fait normal de sommeil
· Quand il est quantitativement renforcé, comme une soif de grandes quantités d'eau
· Quand il est non-signe, comme une bouche sèche sans soif
Pour être valable, un signe doit donc intéresser l'individu dans son ensemble et être très marqué. Un signe local ou régional devra toujours être soutenu par un ou deux autres signes communs au remède et au malade. L'importance et la différenciation des signes locaux, régionaux, généraux, psychiques et leurs modalités seront étudiés avec précision dans un cours ultérieur.
En conclusion, nous pouvons dire qu'un signe homéopathique est un signe réactionnel lié au malade : il est individualisé.
La hiérarchisation des signes est en accord avec les observations de Hahnemann : elle est d'ordre qualitatif et quantitatif.
- la hiérarchisation qualitative : elle est établie par ordre décroissant d'importance quand il y a égalité d'intensité, à savoir les signes étiologiques, psychiques, généraux, régionaux et locaux.
- la hiérarchisation quantitative : en ordre décroissant, elle va du degré fort au degré faible en passant par le degré moyen, numéroté 1,2,3 en France et 3,2,1 en Angleterre pour Kent.
Toutes ces notions de hiérarchisation seront revues ultérieurement, car de cette hiérarchisation et donc de l'importance des signes relevés, de la localisation de ces signes dans le tableau de valeur de hiérarchisation, dépend la prescription. Il me reste néanmoins à vous présenter à cette occasion le répertoire de Kent. Ce petit livre, petit par son format, mais volumineux par son contenu, regroupe l'ensemble des remèdes possibles dans une classification par symptômes répartis en 24 sections. L'utilisation du répertoire présuppose que l'on a avec certitude isolé les signes individuels du malade de ceux appartenant à la liste pathognomonique de la maladie.

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