L'homéopathie en dentisterie.

 

 

Il est encore fréquent de rencontrer la croyance qui veut que l'homéopathie ne soit adaptée qu'au traitement des pathologies chroniques, lui refusant toute possibilité thérapeutique sur des phénomènes aigus, au demeurant très douloureux en dentisterie. Il convient, à ce sujet de mettre l'accent sur deux aspects propres à la cavité buccale, qui offre à notre bienveillance thérapeutique, une structure dure, la dent, émergée et donc accessible, en même temps qu'une structure molle, la gencive, soutien de la première. De ce fait, les pathologies vont pouvoir se localiser sur l'une ou l'autre, demandant de notre part une intervention technique ou non.
De manière générale, toute atteinte de la structure dense, la dent, que ce soit sous la forme d'une cavité de carie ou d'une fracture, qu'elle soit ou non douloureuse, attend de notre part une intervention sur la matière. Nous devons, tel le menuisier ou le tailleur de pierre, prendre nos outils en main et intervenir, afin de redonner corps à la dent, afin de rétablir l'intégrité de structure. Quelle que soit notre trousse médicamenteuse, il nous faut intervenir mécaniquement, en usant au mieux de notre savoir technique. Le simple geste est, souvent, à lui seul, le remède adapté et efficace à la douleur.
De manière toute aussi générale, toute atteinte de la structure molle appellera en premier une médication avant que ne soit possible ou indiqué, le geste manuel, thérapeutique lui aussi, mais secondaire en intention. Seul l'abcès bien collecté, ou un tartre surabondant attendent de notre part un geste technique.
Cependant, non pas en-dehors, mais à côté de ces considérations, la prescription homéopathique ne doit pas être écartée sous le seul prétexte d'une manifestation fortement algique et aiguë. De nombreux remèdes présentent dans leur pathogénésie la modalité de soudaineté, et certain celle énoncée comme " un coup de tonnerre dans le ciel bleu "… De nombreux remèdes comportent une description des douleurs comme étant vives, brûlantes, piquantes, etc., justifiant leur emploi dans des cas aigus.
Ainsi en est-il des quelques exemples suivants, tirés de la Matière médicale de Duprat, éditions Similia, 1985 :
ACONITUM NAPELLUS : " sensations de douleurs aiguës, intolérables, angoissantes. … Odontalgies aiguës… L'action d'Aconit est remarquable par son caractère surtout aigu, violent, rapide et par ses manifestations dans les sphères circulatoire et nerveuse. "
Voilà donnée dans la pathogénésie d'un remède homéopathique, la description parfaite de la douleur dentaire aiguë telle que nous la connaissons ou la redoutons !
BELLADONA : " douleurs pulsatives, crampoïdes, brûlantes, tranchantes ;… Caractère aigu, soudain, violent des manifestations pathologiques. Le syndrome aigu se caractérise par : rougeur brillante, chaleur, douleur, enflure. "
Voilà une fois encore une parfaite description de la pulpite dentaire !
ARSENiCUM ALBUM : " sensation de brûlure intense, de fer rouge, d'aiguilles rougies,… "
Ainsi en est-il aussi des remèdes Magnesia, acid et d'autres encore dont l'énumération serait ici trop longue. Quoi qu'il en soit, la pharmacopée homéopathique met à la disposition du thérapeute un nombre considérable de remèdes capables d'accompagner l'ensemble des manifestations aiguës. Le refus de faire appel à ces remèdes dans la pratique, relève le plus souvent de l'état d'angoisse prononcée dans lequel se trouve le patient, de sa demande supplicative d'une aide sans faille, d'autant que très souvent, il a déjà un long week-end douloureux derrière lui, ou au moins une nuit sans fin… Même si l'homéopathie est notre aide thérapeutique préférée, on ne peut ni on ne doit passer sous silence cet aspect primordial de l'acte de soins qui est et doit rester la mise en réceptivité de notre patient. Or nous savons bien que l'angoisse ou la torpeur, autant que l'épuisement après une longue confrontation à la douleur, ne sont des facteurs potentiellement actifs d'une thérapie qui se veut efficace.

Il est bien plus facilement admis par nos patients que l'homéopathie soit l'accompagnement choisi pour une douleur de la structure de soutien. La gencive en effet, hors-mis les états infectieux soudains, est plus volontiers le siège de pathologies chroniques, qui, si elles sont souvent hémorragiques, sont nettement moins algiques. La gencive se doit d'être considérée comme le premier tissu émonctorial du tractus digestif. A l'image de l'estomac et du foi, comme des différents étages de l'intestin, la gencive va remplir le rôle d'émonctoire dans des états d'intoxinations. Elle dénotera souvent de l'état des organes et viscères de l'abdomen, qui, s'ils n'accusent pas de troubles fonctionnels perceptibles par le patient, révèlent cependant par cette procuration, de leur incapacité à remplir correctement leur rôle. La gencive sera souvent le premier lieu d'expression d'un engorgement du système, et éteindre le feu perceptible à l'extérieur sans autre précautions, laissera planer la possibilité d'un feu sous-terrain bien plus ravageur encore.
De nombreux remèdes homéopathiques sont disponibles pour accompagner ces pathologies parodontales, renfermant en eux la sagesse thérapeutique capable d'informer l'ensemble de l'organisme des besoins fonctionnels à retrouver. Le traitement homéopathique d'une pathologie parodontale, sauf cas particuliers, ne s'envisage jamais sans prendre en compte les besoins de l'organisme en entier. La pathologie locale n'est que le signal d'appel en surface d'un besoin de traitement global de l'organisme, un témoin accessible au thérapeute d'une déficience de terrain, d'un engorgement des organes de filtration et d'épuration, bref, d'une surcharge toxinique. L'homéopathie nous enseigne à comprendre, au travers de ce cri ultime de la douleur, qu'il ne s'agit là que de l'accouchement d'une pathologie fonctionnelle jusqu'alors silencieuse.
L'approche globale de l'être humain permet de comprendre qu'au-delà de cette douleur physique, qui se doit pourtant d'être respectée et accueillie comme une manifestation de la vie, se joue le drame silencieux de la souffrance de l'être, ce mal indicible souvent appelé le mal-être, accessible à nos seules qualités thérapeutiques qui soignent et guérissent au-delà de la technique, lorsque ne sachant comment faire, on découvre au moins comment être…

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