Dents et Emotions



Le mot émotion est certainement aussi obscur que celui d'énergétique. Cependant, abstraction faite de la compréhension, l'évidence de l'un comme de l'autre ne souffre aucune exception. Ils sont tout deux indissociables de la vie et de son sens.
Les émotions sont souvent confondues sans distinction avec les réactions émotionnelles, alors qu'elles n'ont rien de commun, du moins dans leur origine et certainement dans leurs conséquences. Et comme cette confusion est devenue une habitude comportementale quasi universelle, il est très difficile de s'en défaire.
Lorsque la vie nous offre de ressentir une émotion, c'est avant tout un appel vers l'intérieur qui se fait. L'émotion qui fait suite à une surprise, nous permet de découvrir un parfum et une couleur particulière de nous-mêmes. L'habitude que nous avons de traverser la vie en courant fait que nous ne posons pas notre regard sur cette facette dévoilée de nous. Par contre, nous rejaillissons promptement vers l'extérieur et manifestons alors la réaction à ce que malgré tout, nous avons ressenti. Et comme ces ressentiments sont attribués en propriété et en responsabilité à l'être ou au spectacle extérieur, soit nous le lui reprochons, soit nous essayons de le rendre captif afin d'en profiter le plus possible, soit encore nous sombrons dans les regrets s'il faut s'en séparer. Voilà le mouvement que provoque en nous la réaction : une extériorisation, et des responsabilités, et des origines, nous conduisant soit à la dépendance, soit à l'accusation.
L'émotion vraie, celle qui s'épanouit en nous, est un attribut de la vie intérieure qui croît et tend à l'expansion, pour remplir notre présomption de vide de quelque chose de palpable, de ressenti, de vivant. L'émotion vraie n'a que très peu de place dans notre participation à la relation au monde. Pourquoi ? J'ai remarqué que souvent, parce que nous savons que nous sommes enclins à la réaction, nous préférons nier cette émotion de peur de la réaction de l'autre. Mais si nous nous autorisions à cette rencontre, alors nous pourrions être plus vrais. N'osant laisser cette émotion se manifester, l'énergie dont elle est le véhicule ne peut suivre son chemin, ne peut venir nous nourrir, et en quelques sortes, tourne en rond, prisonnière de cette opposition, de cette sorte de guerre que nous lui livrons.
L'émotion est véhicule d'énergie, énergie de vie, de croissance intérieure, de connaissance de soi. La repousser loin de notre perception, refuser sa réalité qui nous enseigne une partie de notre vérité, cela ne peut être sans conséquences. Nous amputer de cette partie si vivante de nous se traduit par des troubles qui vont exprimer cette destruction intérieure que nous réalisons au secret de nos profondeurs. La destruction d'une dent, organe le plus dure du corps humain, montre bien la puissance destructrice que nous sommes capables de déployer contre nous-mêmes.
J'ai souvent entendu des ventres se dénouer par le simple fait de toucher une dent malade, soufrante, souvent vu des respirations profondes se faire spontanément, comme si enfin quelque chose cessait la guerre, déposait les armes et se réconciliait…

Les élixirs de fleurs, remèdes du Dr Bach, m'ont ouvert les yeux sur cet aspect si commun de l'être humain qui est l'autodestruction, la négation de soi, l'auto-privation de ressources profondes et authentiques, la perdition en maladies multiples qui appellent à notre secours celui ou celle qui peut-être saura nous offrir ce que nous n'osons chercher en nous. Les élixirs de fleurs ont cette merveilleuse capacité de mener l'individu souffrant à retrouver en lui ce qu'il attend tant et qu'il croit inaccessible parce que trop loin, parce que mort au travers d'un être cher disparu, parce que de manière certaine non digne de soi. Les élixirs de fleurs, à notre insu, loin de notre volonté mentale, de notre compréhension intellectuelle rendent à la vie l'accès à notre profondeur que par souffrance nous lui avions fermé.
Il n'y a d'espoir de guérison qu'au travers d'un retour à la responsabilité individuelle, qu'au retour vers nos valeurs humaines, celles-là même que nous voyons en certains. Comme si nous pouvions reconnaître ce que nous n'avons déjà connu et expérimenté en nous-mêmes ! Défaire petit à petit ces liens étouffants que tissent entre nous nos illusions de dépendance, nos certitudes de manque, nos croyances négationnistes.
Je me souviens avec tendresse de ce jeune adulte, que je suivais en contrôle régulier depuis quelques années, et qui du jour au lendemain portait de multiples atteintes carrieuses. Cela ressemblait tellement à des explosions dans un champ de mines, que je lui ai demandé ce qui lui pesait tant. Ce jeune suivait une formation commerciale en BTS pour satisfaire les autres, rassurer les parents sur la conquête de son indépendance économique, répondre à un schéma social auquel il ne voulait ou n'osait déroger. Mais ses aspirations profondes, authentiques, ce qui le faisait vibrer dans sa chair, ce qui le rendait vivant, c'était la montagne et faire la cuisine. Et tout ça, il l'avait vécu et savait où le retrouver. Il lui manquait seulement un peu de courage, un peu de confiance en lui. J'espère qu'il aura trouvé tout cela en lui…
Lorsque un individu arrive à se jouer suffisamment la comédie, arrive à se satisfaire du plaisir qu'éprouvent ou manifestent les autres face à ses entreprises et ses choix, le mensonge peut durer des années et tout se passe apparemment bien. Mais notre vérité ne nous abandonne jamais, et elle viendra au travers d'émotions de tristesse ou de regrets, au travers de larmes au cinéma ou de rencontres ébranlantes, nous rappeler ce que nous avions un jour trouvé comme étant notre voie, notre chemin, quelque chose de notre destinée. D'ici là, quelques dents auront été sacrifiées sur l'autel de la dénégation, et plus tard, quelques maladies dans des organes ou des tissus plus mous, parce que tout cela nous épuise, viendront, à leur manière tenter de nous rappeler à nous-mêmes.
Fleurs de Bach, homéopathie et beaucoup d'autres médecines dites naturelles, le sont essentiellement parce que venant de la nature, elles nous ramènent vers notre propre nature. Cependant, contrairement à ce qu'on entend de ci, de là, il n'est point question de soigner ses émotions. L'émotion est indissociable de la vie, elle en est une expression intrinsèque. Comment oser croire que la vie ait pour dessin de détruire sa création ? Ce qui nous rend malade, n'est que de notre responsabilité. Nombre d'interdits s'égrainent tout au long de notre croissance physique, et nombre d'entre eux ne participe pas à la croissance de la vie en nous. Trop d'habitudes, trop de fuites nous ont conduit à nous éloigner de nous, à perdre le contact avec notre maison intérieure. Celle-ci possède pourtant tout ce que nous recherchons avec avidité à l'extérieur, au travers de la possession et de la thésaurisation de ce qui finalement ne nous enrichira pas plus loin qu'ici bas.

Soigner une dent demande donc beaucoup de respect, car il s'agit d'aider une souffrance profonde, intimement liée à l'être devant nous, et en quelque sorte, intimement liée à l'humanité, là nôtre et celle à laquelle nous appartenons. Soigner une dent c'est ainsi toucher à l'intimité de l'être. Quels meilleurs remèdes pouvons-nous apporter d'autre que la douceur, la compassion, l'attention, l'écoute silencieuse, le respect, bref, toutes ces qualités et ces vertus que recèle notre propre humanité ?
Même sans aucune connaissance, tout un chacun sait au moins témoigner du respect face au mystère de cette vie silencieuse, cachée trop longtemps au fond de nous, et dont pourtant nous témoignons par notre acte de vie. Il n'est point besoin, d'étudier, de lire des encyclopédies pour arriver à devenir meilleur. Le meilleur est en chacun de nous. Il suffit simplement de se tourner vers cela. Et nous, thérapeutes, avons cette nécessité absolue de le faire, de nous laisser porter vers notre vie intérieure, nous qui voulons tant aider les hommes et les femmes qui souffrent. Car c'est de là et de là seulement que sort la véritable aide thérapeutique et qui saura, dans un écho inaccessible et silencieux, réveiller l'énergie de guérison au cœur du patient qui fera alors son œuvre. Une fois de plus, une médecine pratiquée ainsi saura seule ramener le patient à son équilibre de santé, rendant par là même, un sens humain à la maladie.

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